L’Afrique à l’heure du choix: s’imposer aujourd’hui pour construire demain.

Notre planète, un gros village.

Les découvertes scientifiques et les inventions techniques et technologiques ont fait de notre planète un gros village. Une situation qui, aux dires de bien de gens a contribué au renforcement de l’amitié entre les peuples et à l’avènement d’une solidarité internationale de plus en plus manifeste.

Cependant, dans le gros village qu’est notre planète, tout n’est pas rose. Les catastrophes naturelles, le réchauffement climatique, le terrorisme, la pandémie du sida sont des défis auxquels doit faire face l’humanité. Chaque État travaille à amoindrir leurs effets sur son territoire, en puisant dans sa culture et en inventant de nouveaux outils.

Les États africains partagés entre un passé amer bien que tout n’y fut pas mauvais, un présent à la merci des États les plus puissants et un futur qui reste à imaginer et à construire, sont concernés au premier plan.

L’Afrique, a sans doute une place à tenir dans le monde, un rôle à y jouer et une contribution à apporter pour relever les grands défis de l’heure, mais le poids de certaines idées et pratiques héritées de la colonisation, le retard dans le domaine des technologies, la faible industrialisation des États, le nouvel ordre économique mondial dominé par les plus puissants qui en imposent aux plus faibles ne sont pas pour lui faciliter la tâche.

Demain passe par aujourd’hui.

L’Afrique ne doit plus accepter subir les événements, elle doit s’activer aujourd’hui plus que jamais, pour provoquer les changements souhaités car demain passe par aujourd’hui.

Il y’a dans ce qui a marché ailleurs ce qui ne peut pas marcher ici comme il y’a dans ce qui a marché hier ce qui ne peut pas marcher aujourd’hui.

La rencontre de l’Afrique d’avec l’Europe a occasionné chez les africains des changements tant au niveau des mentalités qu’au niveau des comportements. Les Africains ont tourné le dos à une bonne partie de leurs pratiques ancestrales. S’il ne saurait être question pour certaines d’entre elles d’être d’actualité aujourd’hui ( Inégalité de classes sociales, rôle de la femme réduit à la corvée domestique, mutilations génitales…), d’autres, par contre ( sens du partage, respect des aînés, cousinage à plaisanterie, arts culinaire et médicinal, pratiques artisanales….) pourraient nous mettre à l’abri de biens maux( pauvreté, conflits…) et aideraient même à notre participation à la résolution des défis posés à l’humanité. Après les indépendances, les jeunes États africains ont continué à suivre et à copier l’Europe dans plusieurs domaines, sans s’être assurés d’avoir les moyens de cette politique, oubliant que ce qui a marché ailleurs peut ne pas marcher ici. Ce qui, au lieu d’améliorer la santé de nos États, les a jetés dans l’indécision, le doute, une sorte de sommeil dans lequel, ils ne peuvent ni avancer ni reculer, se contentant de se gratter lorsque les pays du Nord chatouillent. Nombreux sont les jeunes africains qu’une telle situation a rendus mi – fauves, mi – oiseaux, ni totalement africains, ni européens, ne voyant de l’Afrique que ce qu’en voyait l’Europe à travers ses historiens, ses touristes, ses prêtres – voyageurs, ses chroniqueurs, ses médias. Aliénés de la sorte, nous considérons l’Afrique et nous – mêmes, incapables de changer ou de changer le monde. Nous devons très vite sortir de cette situation qui sape notre moral, réduit nos possibilités et freine notre progrès.

Ce que l’Europe et le reste du monde ont apporté chez nous et qui nous permet d’aborder le futur, étant confiants et suffisamment armés, nous appartient. Nous en avons déjà payé le prix. Ce qu’ils apportent chez nous et que nous estimons ne pas être dans nos intérêts est à rejeter. Nous ne voulons plus en acheter. Mais ce que nous avons hérité de nos traditions et qui peut contribuer à renforcer les liens entre nous africains et entre nous et les autres, mérite bien plus notre attention. Le temps est venu pour nous de nous débarrasser du syndrome de vieux colonisé et de nous affirmer tels que nous sommes: Africains et citoyens du monde.

S’ouvrir au monde et à l’universel ne rime pas avec asservissement et exploitation.

L’Afrique a une population jeune. Elle dispose de nombreuses ressources du sous-sol ( pétrole, cobalt, diamant,or, uranium, fer, bauxite, cuivre…), de ressources du sol (cacao, bois, coton, arachide, sisal, thé…), d’énormes potentiels en énergie solaire et éolienne ( soleil, vents, déserts du Sahara, du Kalahari, du Namib…).

Malheureusement, ces ressources sont généralement exploitées par des multinationales étrangères à travers des accords de partenariat qui sont loin d’être gagnant/gagnant, ils ne bénéficient qu’aux pays du Nord. Les produits bruts sont destinés à des marchés extérieurs, ils sont traités et transformés hors de l’ Afrique qui se retrouve économiquement diminuée. Nos États sont souvent obligés de s’endetter pour pouvoir faire face aux besoins les plus élémentaires.

Pour mettre fin à ce paradoxe, nos dirigeants doivent revoir ces accords bidons ou du moins, à l’avenir, traiter d’égal à égal avec les partenaires. Nos ressources ne doivent être exploitées par des étrangers qu’à condition d’accepter de les transformer sur place et avec transfert de technologies. Ceci pourra nous permettre de faire des investissements, de redresser la courbe du chômage, d’améliorer le niveau d’industrialisation de nos États et de nous familiariser davantage avec les nouvelles technologies.

Investir dans la formation et la recherche.

Aussi, nous pourrons investir dans la formation et dans la recherche. Il s’agira d’augmenter considérablement les budgets qui leur sont alloués et les primes de recherche, d’accorder une place spéciale aux nouvelles technologies dans nos systèmes éducatifs, d’ insister sur les dimensions pratiques de l’apprentissage en multipliant les stages et en collaborant avec le secteur privé à l’intérieur comme à l’extérieur du continent. Ce qui pourra nous permettre de  » domestiquer » les nouvelles technologies en les enrichissant de notre touche et de notre imagination.

Mais pour relever ces défis, il nous faut réussir déjà la stabilité de nos États en promouvant la paix, puis l’unité africaine en nous appuyant sur nos valeurs traditionnelles, celles qui servent à la cohésion sociale.

Dans tous les cas, nul ne peut rester indéfiniment perdant et personne ne peut rester tous les temps gagnant.

Diplômés mais sans emploi, l’hémorragie de trop en Afrique.

Un phénomène inquiétant

Le nombre des diplômés sans emploi croît de façon exponentielle en Afrique. Chaque année des milliers de jeunes finissent leurs études et arrivent sur le marché de l’emploi déjà saturé, les demandes étant faibles et les conditions de recrutement difficiles.

Aussi, ces jeunes passent le plus clair de leur temps à siroter du thé dans les grins qui bordent les coins des rues des grandes villes, grossissant ainsi le nombre de chômeurs d’un continent qui, en la matière, est au bord du gouffre.

Si certains s’arment de courage et de patience et parviennent à tenir tête, tant bien que mal, à la dureté de la vie, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à se lancer, par dessus mers et déserts, dans l’immigration clandestine qui, chaque jour, fait son cortège de malheurs.

Les plus impatients parmi eux, se transforment tout simplement en exécuteurs de basses oeuvres des politiciens à la moralité douteuse.

Ils sont tous des proies faciles pour les bandits de grand chemin et autres barons de la drogue, des canaux dans lesquels l’argent sale circule aussi librement que l’air dans le grand Sahara.

Aucun, n’est en réalité à l’abri des dérives sociétales devenues monnaie courante, cette époque-ci.

Des causes multiples

Les causes à l’origine de ce phénomène déconcertant qui menace dangereusement la stabilité du continent sont nombreuses.

  • L’inadéquation entre les filières de formation et les débouchés sur le marché de l’emploi. En plus beaucoup d’États africains entretiennent un système éducatif archaïque dans lequel les dimensions pratiques des disciplines enseignées sont négligées, les technologies de l’information et de la communication étant reléguées au second plan.
  • Le manque de culture entrepreneuriale des jeunes qui ne les encourage pas à se diriger vers l’auto – emploi.
  • Un système administratif malsain dans lequel des vieux fonctionnaires remuent ciel et terre pour rester le plus longtemps possible à leurs postes, même après l’âge de la retraite.
  • Les magouilles et combines

qui entourent les concours et recrutements.

  • Des grosses saignées dans les budgets des États consécutivement aux malversations financières et aux enrichissements illicites.
  • Une forte dépendance à l’aide extérieure qui fixe des priorités qui le plus souvent ne répondent qu’aux besoins du moment des puissances occidentales.
  • Un système de gouvernance qui laisse à désirer, caractérisé par le clientélisme et le népotisme.
  • C’est à toutes ces insuffisances qu’il faudrait ébaucher des solutions si l’on souhaite un jour voir, nos États se développer.

Corruption, le mal qui ruine tous les efforts de développement en Afrique.

La corruption, en Afrique, a atteint le summum de la désolation. Présente dans toutes les sphères de la vie, elle freine tous les projets de développement. Cependant, du fait de nombreux atouts dont dispose encore le vieux continent, l’espoir de s’en débarrasser, est permis.

Un tableau bien sombre

 » Si les empires, les grades, les places ne s’obtenaient pas par la corruption, si les honneurs n’étaient achetés qu’au prix du mérite, que des gens qui sont nus seraient couverts, que des gens qui commandent seraient commandés ».

Cette citation de William Shakespeare, extraite de son oeuvre  » Le marchand de Venise » vient à point nommé, confirmer que la corruption, cet acte moralement blâmable, ce délit pénalement répréhensible, ce comportement socialement inacceptable, a de tous les temps été lourde de conséquences pour toutes les sociétés qui l’ont laissée prospérer.

S’il est vrai que tous les groupements humains, des simples tribus aux états les plus élaborés, indépendamment de l’époque et de l’espace géographique, ont connu ou connaissent la corruption sous une forme ou une autre, en Afrique, elle a atteint ces temps -ci, son paroxysme.

Ailleurs, tout est mis en oeuvre pour la combattre et on la combat tant bien que mal. En Afrique, tous les indicateurs qui permettent de la jauger (indice de perception de la corruption, indicateurs de gouvernance de la Banque Mondiale, l’indice Mo Ibrahim pour la gouvernance africaine, Afrobaromètre) sont au rouge.

En effet, l’Afrique est aujourd’hui, sous – développée. Elle est à la traine, seule et loin, derrière les autres parties du monde. Du fait sans doute de la corruption, elle est le foyer de la faim, de la pauvreté de masse et des famines, le lieu de grandes violations des droits de l’homme, des maux trainant derrière eux un cortège d’autres malheurs: tensions ethniques et guerres civiles.

Toutes les sphères de la vie souffrent de ce mal, des appareils administratifs des états aux services sociaux de base. La corruption est partout: les hôpitaux, les écoles, les impôts et taxes, les élections, les nominations, les papiers administratifs, l’eau, la forêt, le foncier, les énergies, la police, l’armée, la justice, les concours, les recrutements…,tous respirent la fraude. Tout se vend et tout s’achète : les diplômes, le boulot, la confiance, le silence, le a et même le b.

Les structures et mécanismes mis au point pour tenir en lisières les méfaits de la corruption sont eux – mêmes, sérieusement atteints tant les responsables chargés de veiller à leur fonctionnement et à la mise en application des textes qui les régissent, manquent de sérieux et souvent même de volonté. Ces responsables sont, pour la plupart, impliqués dans des malversations financières. Aussi, ils entretiennent et alimentent volontairement un système qui leur permet de s’enrichir illicitement sur le dos des pauvres populations qui n’ont que leurs yeux pour pleurer.

La société civile censée être le contre pouvoir aux tenants du pouvoir, mal organisée et dirigée généralement par des hommes sans scrupules et sans vergogne, véreux et cupides, est inefficace. Elle ne propose pas d’alternatives. Lorsque la situation devient intenable, elle vient crier au scandale. Impuissante, elle ne peut alors que constater l’ampleur des dégâts.

Les populations habituées à un système qui les dépouille de tout, sans leur offrir rien en retour, finissent par trouver normal que les services auxquels en principe, elles ont droit gratuitement, leur soit accordé moyennant « quelque chose ». Un jour, j’expliquais à un ami que je suivais un mot d’ordre de grève décrété par un syndicat du secteur de l’éducation au Mali, parce que nos autorités de tutelle tardaient à régulariser nos situations administratives et que je ne souhaitais pas comme certains l’ont fait, soudoyer des responsables juste pour ça. ( En réalité, je n’en avais pas les moyens et l’occasion ne s’était jamais présentée).  » Tu sais la vérité, mon frère, me lança ce dernier, par ces temps qui courent, les choses sont telles que tu dois avoir les deux mains toujours suspendues en l’air, de sorte que tu puisses prendre au vol tout ce qui te tombe dans les mains, même ce qui ne t’a pas été destiné.  » Une réaction qui témoigne de combien, les citoyens, ne se préoccupent plus des conséquences à long terme du phénomène.

Aucun projet de développement ne peut prospérer

La situation est tellement alarmante que l’existence de la plupart de nos États en est sérieusement menacée. Au regard du tableau bien sombre, aucun projet de développement ne peut être mené à terme parce qu’il croisera en chemin des loups assoiffés qui n’hésiteront pas à user de toutes les supercheries pour le détourner de ses objectifs et finalités.

C’est, d’ailleurs, le seul domaine où excellent les politiques africains. Au Mali, par exemple, il n’est pas rare de voir les citoyens se disputer sur les causes, les tenants et les aboutissants des nombreuses rébellions qui ont eu cours et continuent d’avoir cours dans la partie septentrionale du pays. Alors que les uns se plaignent de la précarité qui règne dans les zones les plus reculées du pays, les autres veulent savoir que sont devenus les milliers de milliards de francs CFA injectés dans le développement des régions du nord. Ils oublient enfin tous que les politiques qui gèrent cet argent s’en remplissent les poches avec la complicité de leurs hommes liges qui se trouvent être souvent du nombre des locaux, déclencheurs de rebellions.

Les aides des organisations non gouvernementales, même lorsqu’il s’agit de gérer des urgences telles que les catastrophes naturelles, si elles sont aux mains d’Africains, peuvent ne pas échapper à cette règle. A titre d’exemple, des mauritaniens avec la complicité de certains des leurs à qui, a été confiée la gestion du camp des réfugiés de M’berra, se seraient faits passer pour des réfugiés maliens juste pour pouvoir bénéficier des dons de HCR.

Avec des telles mentalités, l’Afrique n’est pas prête de sortir de la pauvreté endémique de ses populations, ni de guerres qui minent la quiétude de celles-ci.

L’espoir est permis

Une lueur d’espoir pointe cependant à l’horizon.

Des fonctionnaires, consciencieux, affables, travailleurs, visionnaires, se trouvent encore en Afrique. Il leur appartient de continuer à forger leur chemin au milieu des obstacles en montrant l’exemple aux jeunes générations.

Le continent dispose encore de nombreux repères hérités des traditions aussi vieilles que le monde qui pourraient être d’un grand appui dans la lutte contre la corruption. Il appartient aux traditionalistes de les revisiter et aux penseurs de les adapter aux contextes sociologiques et économiques actuels. La corruption en Afrique, a entamé la première phase de la trajectoire qu’on lui connaît aujourd’hui avec la colonisation, quand les colons, ne connaissant pas les usages d’alors, se sont appuyés sur certains indigènes pour manipuler les chefs traditionnels. Pour gagner les premières élections organisées par eux en Afrique, ils ont dû distribuer des vivres aux électeurs, promettant de récompenser ceux qui s’allieront à leur cause. Le phénomène n’est pas vraiment « africain ». Comprendre cela, peut aider à le bouter hors du continent.

Il y’a également une jeune génération de talentueux activistes qui sont à pied d’œuvre, partout sur le vieux continent pour en découdre avec toutes les pratiques nuisibles à la bonne gouvernance et au développement. Ils ont déjà abouti à quelques résultats mais le chemin à parcourir reste long et toujours jalonné d’épines.

Les chercheurs africains à travers de nombreux colloques organisés ici et là dans les capitales africaines avec l’appui des partenaires interrogent et questionnent sur la meilleure façon de gouverner l’Afrique. Des sérieuses propositions en la matière, existent aujourd’hui. Les dirigeants africains les plus audacieux ne tarderont pas à s’en saisir, pour tenter les premières expérimentations.

Les institutions financières dont l’aide est nécessaire à la réalisation de certains projets ou programmes en Afrique, ont déjà haussé le ton en conditionnant l’aide à la bonne gouvernance. Elles doivent cependant tenir compte des préoccupations des africains et de leurs réalités socioculturelles dans les finalités des programmes financés au lieu de leur imposer des idéologies élaborées ailleurs et qui ne feront qu’aggraver la situation.

En somme, les atouts sur quoi compter sont nombreux mais sans volonté politique avérée, toute tentative de lutter contre le phénomène de la corruption serait vaine.

Mali, le conte pour magnifier la diversité culturelle : Illustration par l’oeuvre de Mahamane Tindirma.

Autrefois, en Afrique, les connaissances se transmettaient oralement de génération en génération, au moyen des contes. Si l’histoire de nos pays comme celle de nos villes est jalonnée de brèves périodes d’incertitude dues aux mauvaises interprétations d’un environnement qui pouvait se révéler hostile par moment, il s’y est toujours trouvé par bonheur des hommes et souvent même des femmes suffisamment bercés dans les sciences et trempés de vertus pour éviter que le chaos ne s’installe. Le conte était du nombre des mécanismes qui permettaient l’équilibre social et par ricochet la bonne marche de nos sociétés. Aujourd’hui, les faiseurs des contes sont de plus en plus rares, les contes de moins en moins écoutés et leur impact sur les relations interhumaines quasi – insignifiant. Le présent article tente de survoler brièvement l’oeuvre du célèbre conteur malien, Mahamane Tindirma, pour en déceler les enseignements qui peuvent renforcer la cohésion sociale dans un Mali, aujourd’hui en proie à la division.

Plus qu’un simple conteur, Mahamane du village de Tindirma situé à 30km de Diré (Région de Tombouctou), fut un fabuliste doublé d’un philosophe, un sociologue doublé d’un historien, un poète doublé d’un humoriste. Il a été pour la langue  » Sonrhai  » ce qu’ont été à la fois Molière, La Fontaine, Hugo et Rousseau pour la langue française. Il a laissé derrière lui une oeuvre nombreuse constituée de plus de 100 contes dont 99 enregistrés sur bande audio, le centième repris et enregistré par son fils après sa mort survenue en 1994 alors qu’il était âgé de 67 ans.

Le conte, chez lui, n’est pas seulement un récit à débiter mais une leçon de savoir vivre à dispenser. Plus que toute autre personne, il savait trouver les mots justes, le ton approprié et le rythme qu’il faut pour captiver l’attention du public. Ses contes sont des récits relativement courts ou longs où peuvent se mêler le réel et l’imaginaire, le domaine de l’homme et celui de la bête, l’histoire et la légende, le tragique et le comique. Il n’hésitait pas à rentrer dans la peau des personnages, variant la voix au gré des circonstances. Il invitait à magnifier les différences, à contenir ou à exprimer des émotions, à faire preuve de bonté envers les femmes, les enfants et surtout les étrangers. Les proverbes sont illustrés à l’aide d’exemples tirés du quotidien de ses auditeurs. Outres les animaux, les héros des contes de Mahamane sont choisis parmi les nombreuses communautés qui se côtoient sur le territoire malien. Ils sont peuls (Samba Diem werdy, Boubou Ardo Galo), bozos (Makabote), touaregs ( Bataille de Toya), bambaras( Thiemogo Diarra, Tenin), Songhaï ( les trois amis partis faire fortune), dogon( origine du cousinage entre dogon et sonrhai), Mossi( Djibo)… Ses récits se déroulent presque dans toutes les vieilles villes du Mali: à Hamdallahi(Sékou Ahmadou), à Bandiagara (Oumarou Well), Toya( Peuls et Touaregs), au Foutta ( Cheickou Oumarou). Ses contes venaient parfois à la rescousse de l’histoire du Mali: les grands empires, les célèbres royaumes, l’arrivée des marocains, celle des occidentaux etc. Tout était dit avec la facilité due au rang d’orateur exceptionnel et de fin pédagogue qui était celui de l’enfant prodige de Tindirma. Les us et les coutumes de toutes les communautés ci – dessus étaient décrits dans les moindres détails. Les relations qui les lient entre elles, étaient relatées avec dextérité. Les alliances, les pactes, les mariages, l’origine des patronymes, tout passait au peigne fin. Il racontait, par exemple, que les peuples nomades seraient tous cousins. Les peuls, les touaregs et les maures descendraient de trois frères bergers qui se seraient perdus de vue alors qu’ils faisaient paître leurs troupeaux. Les faits historiques qui seraient à l’origine du cousinage à plaisanterie entre certaines communautés du Mali étaient peints dans une atmosphère qui frôle le naturel et le rationnel.

L’oeuvre de Mahamane Tindirma, comme nous venons de le voir, contient des informations qui pourraient aider les hommes et les femmes que le joug de l’histoire a réunis sur le sol malien, à cheminer ensemble sans qu’aucun ne porte préjudice à son semblable. Connaître l’autre à travers sa culture, l’aimer, l’estimer et le respecter, voilà ce à quoi invite cette oeuvre. Puisse donc cet enseignement, servir d’ exemple à tous les hommes qui, pour une raison ou pour une autre, s’adonnent à l’ethnocentrisme vulgaire ou au racisme, des pratiques indignes de l’être humain.

Soubaganda blog

Le continent africain, en dépit de ses nombreuses ressources minières et de son énorme potentiel humain, peine à se développer. Notre pays, le Mali figure malheureusement dans le lot des pays africains qui tardent à émerger. Les maux qui minent la quiétude des populations et freinent le développement de ces pays, tirent probablement leur origine de la mauvaise gouvernance qui prive les citoyens de leur droit de vivre dans des conditions décentes lorsqu’elle ne les dresse pas les uns contre les autres.

Face à ce constat amère, Soubaganda blog s’invite au débat et tente d’apporter sa touche pour que la situation s’améliore.

Soubaganda vient du sonrhai et signifie  » terre de demain« . La terre de demain que nous souhaitons belle pour que chaque homme mais aussi chaque femme, le jeune comme le vieux, le noir comme le blanc, puisse y vivre librement et décemment.

Les centres d’intérêt de Soubaganda sont la culture, l’éducation, la politique et la justice.