Vote à l’AN: coup de massue porté à la démocratie malienne

Les députés élus sous les couleurs de l’URD, principal parti de l’opposition politique malienne ont surpris ce lundi 11 mai 2020 en jetant leur dévolu sur Moussa Timbine, candidat de la majorité présidentielle à la présidence de l’AN qui remporte haut le scrutin par le score de 134 voix contre 8 seulement pour son adversaire, l’ancien premier ministre et président du parti YELEMA, Moussa Mara.

L’on se demande quelle mouche a pu piquer les compagnons de Soumeila cisse, l’emblématique chef de file de l’opposition qui, jusqu’à sa disparition quelques jours avant le premier tour des législatives, est resté constant dans ses prises de position, n’y allant jamais par le dos de la cuillère lorsqu’il s’agit de décrier les dérives du régime en place.

Que s’est – il donc passé ?

Les députés URD ont – ils monnayer leurs voix ? Ou se sont- ils définitivement rangés du côté de la majorité présidentielle ?

Dans l’un ou l’autre cas, il se dessine un paysage menaçant pour l’avenir de la démocratie au Mali.

Aucune ambiguïté au départ

Jusqu’à la convocation du collège électoral pour les élections législatives, l’URD (Union pour la République et la Démocratie ) de Soumeila Cissé était ce parti politique que tout opposait au RPM (Rassemblement Pour le Mali) du président de la République Ibrahim Boubacar Keïta.

Leur opposition est d’abord idéologique, l’URD étant républicain libéral alors que le RPM est affilié à l’international socialiste.

Ensuite, ils sont opposés de part leurs programmes de société puisque IBK semble vouloir résoudre la crise sécuritaire avant de relancer l’économie alors que Cisse propose de naviguer en sens inverse: donner un coup d’accélérateur à l’économie pour juguler la crise sécuritaire.

Enfin, Soumeila cisse a refusé récemment de figurer dans le gouvernement de large ouverture de Dr Boubou cisse parce que ne partageant pas la vision de celui – ci sur la façon de répondre aux difficultés que vit actuellement le Mali.

Que l’on soit d’avis avec lui ou pas dans ses prises de position, l’on reconnaît au chef de file de l’opposition même s’il n’est pas exempt de tout reproche une certaine constance dans ses choix et une cohérence entre ceux – ci et les actes qu’il y enjoint.

Et tout cela participait à l’équilibre du jeu démocratique car si le pouvoir emettait une idée, l’opposition offrait une autre alternative. Si ici, on a pu mentir au peuple, là la vérité pouvait lui être révélée. Quand il arrive que le pouvoir abuse, l’opposition pouvait modérer et si le premier opprimait le peuple, le second pouvait le consoler en le défendant.

Quant aux maliens, ils comprenaient que tout n’était pas parfait et que sous les apparences, il pouvait se cachait de tristes jeux d’intérêts de l’une ou de l’autre partie mais tant que la ligne de démarcation entre elles reste nette, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.

Retournement de veste ?

Mais quelle ne fût pas la surprise du peuple malien lorsqu’au compte des élections législatives l’opposition et la majorité ont présenté des listes communes dans certaines circonscriptions électorales. Des esprits avertis ont sonné l’alerte en dénonçant ce qu’ils qualifient d’alliance contre nature mais l’on pouvait encore se résoudre à y voir des spécificités inhérentes auxdites circonscriptions.

Mais pour que des députés de l’opposition optent pour le candidat de la majorité à la présidence de l’assemblée nationale, il aurait fallu des bouleversements en profondeur d’autant plus que ce scénario se déroule alors que Soumeila Cisse est toujours porté disparu, vraisemblablement entre les mains de ses ravisseurs.

La ligne de démarcation se serait -elle effacée ? Si cela s’avère autant signer illico presto l’acte de décès de la démocratie malienne. Une nation ne saurait prospérer dans une monoculture politique, aucun peuple ne pourrait s’y épanouir.

Les députés auraient – ils monnayer leurs choix ? Déshonorable pour des honorables censés incarner l’intégrité morale s’ils doivent perpétrer le règne des magouilles et des combines.

Tout n’est pas perdu à en croire des analystes qui ont trouvé une justification du choix fait dans le vote sanction qu’aurait fait l’opposition contre Mara parce que ce dernier a appelé à voter IBk et donc contre Soumeila lors du second tour de la présidentielle. C’est un leurre parce pour un représentant du peuple, les décisions ne se prennent en fonction de ses états d’âme mais en fonction de l’intérêt du peuple.

Aucune des hypothèses que l’on pourrait formuler ne présage rien de bon ni pour la nation ni pour la démocratie.

Déclin de l’alternance ! Décès de la démocratie !

L’enseignant, un héros: Hommage à mon professeur.

Au cours de la grève des enseignants maliens cette année, les critiques à leur encontre n’ont pas toujours été tendres. Ils méritent mieux parce que chaque cadre accompli de ce pays est avant tout l’œuvre d’un enseignant.

Moi, c’est sidi Mohamed Idrissa Touré (SMIT), ce chevaleresque soldat de la craie qui m’a transmis le virus de l’enseignement, l’amour des maths et le goût de la recherche.

Natif de la ville de Gao (Nord du Mali), mince, grand, un foulard toujours enturbanné autour de la tête laissant entrevoir des petits yeux ronds et un menton saillant, le tout supporté par un physique de dieu grec, nos chemins se sont croisés au début des années 2000 au lycée de Tombouctou où il enseignait les mathématiques depuis quinze ans.

La quarantaine bien sonnée à l’époque, il s’habillait toujours modestement et avait un goût prononcé pour le boubou traditionnel des maliens.

Avant cette date, rien ne m’est prédestiné à l’enseignement et je ne vouais pas encore cette espèce de culte fou ni à la lecture ni à l’écriture et encore moins aux maths. Mais sous la craie de SMIT, celles –ci sont devenues une occasion pour moi de jouer et de me faire plaisir, de comprendre le monde et d’échanger avec mes semblables. Elles me sont apparues tellement belles et utiles que je me suis promis d’en apprendre autant que faire se peut afin d’apporter ma petite contribution au devéloppement de mon pays.

Ces cours qui m’ont marqué à vie

Ce que j’aimais chez SMIT, c’était son aptitude à communiquer un message. Un chapitre commençait toujours par une anecdote ou une petite question sur un concept déjà vu qui laissait libre court à l’imagination des apprenants. Il s’en suivait généralement un long échange d’idées entre les élèves. J’avais l’impression que le cours de maths était destiné uniquement à éveiller notre curiosité et à aiguiser notre sens de l’argumentation et sans que l’on ne s’en rende compte, on aboutissait à la définition d’un nouveau concept ou d’une nouvelle formule.

Organisé et très méthodique, SMIT n’en mettait pas partout au tableau. Calligraphe né, il dessinait chaque lettre au point de rendre plaisantes, les formules les plus compliquées. La magie de sa belle voix combinée à de nombreuses illustrations, faisait naturellement le lien entre ces formules et leurs applications pratiques.
Rigoureux, sérieux, ponctuel et assidu, il n’en demandait pas moins aux autres. Du reste, il ne badinait pas avec la discipline. Il ne manquait cependant pas d’humour. Il lui arrivait par exemple de lancer au beau milieu d’un exercice alors que la concentration est à son point culminant: «Vous voulez tirer x. Allez –y mais attention, que ça ne se coupe pas, vous pourriez vous blesser ».Il terminait toujours une leçon par sa formule phare : «Vous et moi, avons désormais les mêmes informations sur tel concept et ne vous étonnez pas de réussir à traiter certains exos plus rapidement que moi ». Cela suffisait à faire croire à chaque élève qu’il comptait et qu’il pouvait réussir.

Dans les cours de SMIT, le côté ludique des maths n’était pas négligé. Les devinettes et les casses –têtes y étaient très fréquents. En plus de maîtriser sa discipline, il l’aimait et aimait l’enseigner.

Fédérateur et sociable

Dans la cour de l’école ou à son domicile, il nous recevait et acceptait volontiers nous donner un coup de main sur un exercice compliqué.Il lui arrivait également de passer des heures à expliquer comment les maths contribuent à la résolution des problèmes actuels de l’humanité : « La recherche mathématique s’attèle aujourd’hui à élaborer des nouveaux concepts pour solutionner les difficultés qui se posent en matière de devéloppement durable ». D’ailleurs, les maths selon lui, font évoluer les autres disciplines scientifiques : « Une discipline est autant scientifique qu’elle contient des maths ». C’est pourquoi, aimait –il dire, un mathématicien doit apprendre à collaborer, à échanger, à parler plusieurs langues, à lire et à écrire correctement. Ce que, lui – même, pratiquait au contact de ses collègues.

Sympathique mais trop rigoriste, il ne cautionnait pas l’injustice et n’aimait pas les faux –fuyants. Cela lui a valu souvent de prises de bec avec l’administration

.Avant de le connaître, je rêvais de devenir médecin. Parce que je l’ai connu, j’ai trouvé ma vocation dans l’enseignement des maths que j’exerce depuis une dizaine d’années.

Comme disait l’autre, j’aurais été déçu de le décevoir si je n’avais pas opté pour ce noble métier.

Tombouctou: ces assassins qui disparaissent entre deux check -points, article que j’ai écrit pour benbere.

Les assassinats sont devenus monnaie courante à Tombouctou. Une situation encouragée par un simulacre de sécurité doublé par une impunité totale.

Le jour se lève sur la ville de Tombouctou. Dans le quartier administratif, les bureaux sont ouverts. Des femmes, paniers dans la main, se dirigent vers le grand marché. Des enfants regroupés dans un coin de rue rivalisent d’adresse dans le jeu d’imitation de la course du dromadaire. Mais tout habitant de cette ville comme moi sait que derrière cette apparence de bien-être général, se cache une grande inquiétude. Tout le monde a peur, parce que malgré la présence des forces de défense et de sécurité (nationales et internationales), les professionnels du crime sont parvenus à tuer en plein jour et à disparaître dans la nature.

Rien qu’en 2019, au moins cinq assassinats et deux tentatives ont été enregistrés. Le dernier en date s’est passé à une centaine de mètres d’un poste de contrôle. Aussi, les victimes subissent-elles une double mort : elles meurent de la lâcheté de leurs meurtriers et de l’inefficacité des forces de défense et de sécurité ainsi que de l’indifférence des autorités locales.

Dangereuse fausse sécurité

Aujourd’hui, des nombreux postes de contrôle existent de tous les côtés de la ville, des patrouilles de l’armée malienne se font de jour comme de nuit. Les Casques bleus de la Minusma, à bord de leurs blindés, sillonnent les rues quotidiennement. Les radars, les avions et les drones de surveillance survolent le ciel constamment. A quoi servent donc tous ces hommes en armes et cet arsenal technologique de dernière génération, s’ils sont incapables d’empêcher les crimes odieux ?

Je crains que tout cela ne soit qu’une simple mise en scène destinée à berner les populations. C’est ce qui explique que deux ou trois individus, sur une moto ou à bord d’un pick-up, peuvent se frayer un chemin au milieu de toute une quincaillerie clinquante d’armes sophistiquées pour venir commettre leur forfait en pleine ville. Ils le font parce que ce simulacre de sécurité leur facilite la tâche et parce qu’aucune enquête n’est faite après.

Affaires classées

Malheureusement, aucun des meurtres perpétrés à Tombouctou n’a fait l’objet d’enquête approfondie. Quelques témoignages vite recueillis sur place et l’affaire est classée. Les auteurs se retrouvent confortés dans leur position et prêts à rééditer leur forfait. Il est tout de même arrivé que des citoyens ordinaires s’interposent pour empêcher des malfrats de nuire. Mais, dans ce cas, c’est la loi de la justice populaire qui a prévalu. Je ne l’encourage pas tout comme je n’encourage pas la création des milices d’auto-défense pour sécuriser les personnes et leurs biens. Ils sont destructeurs et créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent.

A mon avis, notre sécurité incombe uniquement à ceux investis par nos textes pour nous protéger. Le peu de réaction des forces de sécurité maliennes et le silence des autorités locales et nationales sont aussi coupables que les auteurs des crimes. Il nous revient, à nous citoyens, de le leur faire savoir.

Dispositif sécuritaire lacunaire

Le dispositif sécuritaire mis en place à Tombouctou doit être revu et corrigé par nos forces de sécurité. Les autorités et les forces étrangères doivent également s’impliquer davantage pour mettre fin à cette série d’assassinats qui commence à agacer les populations. Les textes et les discours ne suffisent plus, il faut déboucher sur des actes. Je refuse simplement de croire que Tombouctou, une commune d’à peine 21 kilomètres carrés et seulement quelques milliers d’habitants, l’équivalent d’un quartier de Bamako, soit difficile à contrôler.

En plus de l’insécurité, nous souffrons de ces photos qui circulent sur les réseaux sociaux, montrant un parent ou une connaissance morte, gisant dans son sang. Poster ce genre de photo sur la toile n’est ni intéressant ni humain.

Mali: Au nom de la démocratie, le premier ministre doit revoir sa copie.

Esprit belliqueux, choix inopportuns, décisions irréfléchies et fantaisistes, le tout sur fond d’ illégalité, il n’aura fallu qu’un an à Boubou cisse à la tête de la primature pour faire reculer la démocratie malienne de 20 ans.

Ce n’est point pour se retrouver là que le peuple malien, après avoir mis fin au régime totalitaire du Général Moussa TRAORE, a opté pour la constitution de 1992, constitution toujours en vigueur et dont l’esprit demeure: le pouvoir appartient au peuple. Ici, le législateur malien semble vouloir dire que la conduite des affaires publiques est confiée à l’exécutif désigné mais celui – ci a l’obligation d’informer le peuple de la façon dont les biens de la communauté sont utilisés. De plus, l’exécutif se doit de respecter et de faire respecter la loi dans toute sa rigueur.

Or c’est tout cela que l’hyper puissant Docteur Boubou Cisse à qui l’on a confié la garde des coffres de la république et celle de leurs clés (ministre des finances et premier ministre) feint d’ignorer.

Sinon qu’est ce qui explique:

Ce refus de déclarer ses biens:

Le premier ministre n’a pas déclaré ses biens comme l’aurait voulu la tradition. Ce fait peut sembler à première vue anodin mais en ces temps de crise de confiance (entre dirigeants et citoyens ordinaires), déclarer ses biens est un acte devenu sacré pour les citoyens qui y voient un début de volonté manifeste de bien faire. Et c’est sur la base de cela que l’on se fondera plus tard, à défaut de preuves directes, pour juger de l’implication des dirigeants dans des malversations financières.

Boubou ne souhaite peut -être pas s’enrichir illicitement sur le dos des maliens. Soit, mais il n’a pas daigné se prêter à cet exercice simple qui aurait pu convaincre plus d’un de sa réputation d’homme intègre et honnête.

Et c’est la transparence dans la gestion des affaires publiques qui en prend un grand coup.

Cette absence de déclaration de politique générale(DPG)

L’état est une communauté d’individus assez élaborée qui ne saurait fonctionner selon le bon vouloir d’un seul de ses membres. Au Mali, le premier ministre, une fois nommé, a au plus trois mois pour faire sa déclaration de politique générale (DPG) devant les députés qui ont la possibilité de l’enteriner ou non.

En effet, c’est dans la DPG que le PM explique au peuple à travers ses représentants les grands chantiers auxquels il souhaite s’attaquer et comment il compte s’y prendre.

Boubou Cisse a un an à la primature et jusque là, pas de dpg. C’est dire que durant une année, il aura agi au nom du peuple sans que celui-ci n’ait eu la possibilité de juger ni de la pertinence ni de la cohérence des actions entreprises en son nom.

Imposer verticalement des décisions au peuple, voilà qui jure avec tous les principes prônés par la démocratie.

Cette application sélective des lois

Le respect des lois est l’un des plus grands attributs de la démocratie.

Le premier ministre aura séché sur ce terrain aussi. L’affaire qui l’oppose aux syndicats de l’éducation suffit pour s’en convaincre.

Les enseignants réclament cette année l’application de la loi numéro 2018 007 portant statut du personnel enseignant qui, en son article 39 stipule: Toute majoration des rémunérations des fonctionnaires régis par le statut général s’applique de plein droit au personnel enseignant.

Incapable de trouver un compromis avec eux, Boubou cisse leur applique la loi sur les retenues de salaire pour fait de grève mais ce faisant, il outrepasse ses prérogatives en la matière en gelant la totalité de leur salaire.

Depuis les enseignants subissent en silence le règne ténébreux de l’oppression et de l’abus de pouvoir et là également c’est la démocratie qui en pâtit.

Les martyrs de mars 1991 doivent se retourner dans leur tombe à la vue de cette autocratie déguisée doublée de népotisme qu’on sert à leurs compatriotes sous le nom fallacieux de démocratie.

Au nom de la démocratie que les maliens ont arraché en 1991 en payant du sang de leurs martyrs, le premier ministre Boubou cisse doit revoir sa copie.

Mali: les services financiers boudent toujours les régions du nord, article que j’ai écrit pour benbere.

Les services financiers des régions du Nord ont été délocalisés à Bamako en 2012 suite à leur occupation par les groupes armés. Mais leur maintien dans la capitale qu’aucune raison valable ne justifie aujourd’hui, agace les populations et cause de nombreux désagréments aux fonctionnaires. Cette situation doit cesser parce qu’elle n’incite pas les gens à venir servir au Nord.

Le maintien à Bamako des directions régionales des services financiers irrite de plus en plus les fonctionnaires.

Les directions régionales du Budget, du Trésor, du contrôle financier et des Impôts sont toutes absentes des régions du nord. Cette situation provoque très souvent des erreurs relatives au traitement de salaire.

« Un agent du budget, après vérification, reconnaît qu’une erreur a été commise sur mon salaire. Il me promet de résoudre le problème dès le lendemain. Le lendemain, je tente de le joindre sans succès. Je décide d’attendre. Au mois de mai, mon salaire tombe mais celui d’avril n’est pas versé. Je me rends à Bamako au mois de juillet et arrive à leur bureau vers 13 heures. Mais, cela coïncide avec une réunion des agents. Je reviens le lendemain, et après trois longues heures d’attente, on me dit que mon salaire du mois d’avril est désormais dans le circuit pour traitement. C’est fin août que j’ai pu le percevoir », se lamente Touré un professeur de lycée à Tombouctou

Ce processus, en temps normal, ne prend pas plus d’une journée. Aujourd’hui, c’est devenu une affaire de semaines voire de mois à cause de la distance et de l’état des routes. En cas de perte de ces dossiers, c’est la croix et la bannière pour pouvoir rentrer dans ses droits.

Nuire sans crainte d’être sanctionné

La situation sécuritaire est le principal argument qu’avancent les autorités. Mais cet argument ne tient pas la route. L’absence des forces de défense et de sécurité était la seule raison valable qui justifiait la délocalisation de ces structures. Les groupes armés qui, en 2012, s’en prenaient aux services de l’État se sont inscrits dans le cadre d’un règlement pacifique de ce conflit. Même les banques sont toutes présentes ! Quant aux attaques terroristes, elles n’ont ciblé jusque-là que les camps des forces de sécurité. La raison du maintien de ces services dans la capitale se trouve donc ailleurs.

Beaucoup de fonctionnaires sont convaincus que cette situation fait l’affaire des agents qui travaillent dans ces structures délocalisées à Bamako. La plupart ont des affaires autre que les services financiers. Certains aussi profitent de leur présence à Bamako pour y faire des études. Ils le font parce qu’ils savent que le bout du tunnel pour les régions du nord, n’est pas pour demain. Mais c’est surtout le manque de décisions et de sanctions de la part des autorités qui poussent ces agents à continuer à se moquer des pauvres fonctionnaires. Pourtant, elles constatent les retards, les erreurs dans le traitement des salaires.

Beaucoup doivent se déplacer pour prendre leur salaire à Bamako
Alors pour surmonter ces problèmes, les billeteurs sont obligés de se rendre à Bamako à chaque fin de mois pour récupérer les salaires de leurs camarades. La prise en charge financière des frais de déplacement et de séjour leur revient.

Les raisons évoquées ici ne sont pas de nature à inciter les gens à venir travailler au Nord. Une situation qui conduit les populations à se demander si elles ne sont pas les laissés pour compte de l’État.

Mali: le lourd tribut des enseignants à la crise sécuritaire, un de mes articles écrits pour benbere.

Au Mali, la crise sécuritaire fait des malheureux, particulièrement parmi les enseignants qui servent dans le centre et le nord du pays. Ils sont la cible de certains groupes armés et font régulièrement l’objet de menace de mort, d’enlèvement et d’assassinat. Cette situation, qui a contribué à la fermeture de plusieurs écoles, fait que les enseignants des écoles qui fonctionnent encore ne dorment que d’un œil, écrit le blogueur Dramane Traoré

En 2012, au tout début de la rébellion portée par les groupes armés indépendantistes, les écoles de certaines localités du Nord ont été saccagées parce qu’elles étaient le seul symbole qui marquait la présence de l’État dans ces zones. A l’époque, déjà, les enseignants, même s’ils n’étaient pas directement visés, ont connu la terreur.

A chaque attaque, ils étaient sommés de quitter les lieux et ceux d’entre eux qui tardaient à s’exécuter étaient roués de coup. Mais, aujourd’hui, alors qu’un accord pour la paix a été signé entre les groupes armés et le gouvernement, le cas des enseignants s’est aggravé avec la multiplication des mouvements armés d’autodéfense et des groupes aux revendications politico – religieuses.

Lieu de déperdition de la foi

Ces derniers, qui revendiquent l’application de la loi musulmane par les armes, considèrent l’école comme le lieu de déperdition de la foi et où l’on inculque aux enfants « des valeurs » incompatibles avec les préceptes de l’islam.

Des enseignants ont reçu plusieurs fois des lettres de menace pour leur demander de quitter les zones qu’ils considèrent comme les leurs et ceux parmi eux qui s’entêtent à rester sont enlevés. S’ils n’y laissent pas la vie, ils ne seront libérés qu’après avoir été battus. Ce fut, par exemple le cas de deux enseignants du lycée de Tenenkou, enlevés le 17 mars 2018 alors qu’ils voyageaient en compagnie de plusieurs autres personnes. Avant cet acte, plusieurs cas similaires s’étaient produits dans le centre du pays.

Démission forcée

En début d’année, un directeur d’école a été contraint à la démission dans la région de Taoudénit. Mais le grand malheur des enseignants vient des bandits de grand chemin. Ces derniers sillonnent les axes routiers à la recherche des proies faciles. Les enseignants des localités où les banques sont absentes, obligés de se rendre dans les centres urbains à la fin du mois pour la paie du salaire, en font les frais. En 2016, trois enseignants en provenance de Tombouctou ont été froidement exécutés et dépouillés de tous leurs biens par des bandits armés à l’entrée de Niafunké.

Plus patriotes que ceux qui meurent pour la patrie, ça n’existe pas. Ceux-là méritent le respect, la solidarité et la compassion aussi bien du peuple que de ses dirigeants. Les autorités maliennes, en plus d’œuvrer pour le retour rapide de la paix dans les zones à risque, doivent songer à revoir à la hausse la prime de zone accordée aux enseignants qui y servent. Des patrouilles sur les axes routiers peuvent aussi aider les enseignants à mieux servir.

Cependant, les propos tenus par certains responsables sur la grève en cours des enseignants et la gestion peu diplomatique de celle-ci, ne sont pas de nature à encourager les enseignants à aller servir dans des zones où l’administration elle-même refuse de retourner depuis 2012.

Dans tous les cas, seul le respect de la liberté et des droits des citoyens est gage de paix et d’harmonie au sein de la société.

Avec le dialogue, le Mali peut renaitre, un article que j’ai écrit pour benbere.

Les travaux du dialogue national inclusif sont en cours au CICB. À en croire les échos qui nous parviennent, toutes les questions brûlantes de l’heure y sont discutées. Faut – il donc croire que le Mali est sur le point d’en découdre avec la crise multiforme qui le secoue depuis un certain temps. Oui, on est tenté de répondre mais à condition que la désormais bouillante société civile se porte garant du suivi des recommandations qui en sortiront.

Jusque là tout ce qui a été fait pour aider à la résolution de la crise malienne été jugé mal ficelé par l’opinion nationale pour qui, une solution n’émanant pas des maliens ne convient pas au Mali. Le DNI est donc plus qu’un vœux du président de la république, il est le souhait du peuple malien qui, croyant fermement aux vertus du dialogue, est convaincu que la solution à son problème passe par celui -ci.

Un miroir dans lequel le Mali voit son véritable visage

Aujourd’hui, tous les maliens s’accordent à reconnaître que leur pays est devenu méconnaissable, défiguré par la plus grave crise de son histoire au point que tout y est à refaire. Des quatre coins du pays, de la base au sommet, le cri est le même : Ça ne va pas . Tous s’estiment victimes mais personne ne se sent coupable. Chacun accuse les autres des maux qui minent le pays mais personne ne se reproche rien. Rien n’échappe à la critique et aux protestations. Au menu des débats : La gouvernance et l’administration du territoire, la mission des nations unies et les forces françaises au Mali, la situation de Kidal et l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus de l’Alger. Malheureusement, de quelque coin du pays que l’on soit, on croit avoir raison, défendant sa petite portion de vérité qu’il faut imposer aux autres, quitte à verser le sang de ses compatriotes pour cette cause. Pis, tout ce qui se dit, se dit entre quatre murs, dans la rue ou à huit clos dans les rencontres inaccessibles au malien lambda. C’est précisément là que prennent racines les sentiments d’exclusion et les idées de théories de complot qui viennent ajouter de la confusion à la confusion générale qui règne dans le pays. Le DNI vient donc à point nommé donner la parole à toutes les composantes de la société malienne. Hier les étapes communales et régionales ont permis de s’imprégner des particularités locales. Aujourd’hui, l’étape nationale permet d’arrondir les vues et de faire un diagnostic plus approfondi de la situation réelle du pays. Parce que la vérité sur le Mali n’est que la somme de toutes les petites vérités, le dialogue national inclusif apparaît aujourd’hui comme le miroir dans lequel les maliens voient le véritable visage du pays. Ils ont désormais une idée exacte du nombre de plaies et de coups assenés par chacun et la réalité qu’on aura tenté d’habiller par des mots tout au long de la crise apparaît nue et toute crue : les tueries fratricides, les grosses saignées économiques, la corruption et l’injustice sont avant tout l’œuvre des maliens. Ce qui n’occulte en rien une éventuelle influence de certains facteurs extérieurs.
Le diagnostic ainsi posé, le remède n’est pas loin. Le DNI, c’est surtout une pluralité d’opinions et un brassage de conceptions qui font de lui le laboratoire où naissent les propositions de solutions adaptées à la situation réelle du pays car prenant en compte les aspirations des uns et les soucis des autres.

Suivre les recommandations

Parlant du DNI, un internaute écrit sur Facebook « Le Mali sera sauvé et une autre page s’ouvre ». Un autre s’exclame « Les recommandations qui résulteront du DNI s’imposent à tous » mais peu enthousiaste, il conclut « Le seul problème réside dans la mise en application ».
En effet, c’est ce qui adviendra de ces recommandations qui inquiète une bonne partie de l’opinion nationale, surtout quand on sait que dans ce pays les bonnes idées pour arranger une situation n’ont jamais manqué mais c’est quand il faut les traduire en actes que l’on sèche. C’est pourquoi le suivi des résultats des travaux du DNI n’incombe pas qu’aux autorités du pays mais à l’ensemble des maliens. La société civile qui aura monté en puissance ces dernières années , vu le nombre de marches organisées, aura désormais une juste raison de montrer ses crocs. Cette fois, il ne s’agira pas pour elle de sortir pour soutenir un camp donné sur une portion du territoire mais de défendre ce que les maliens ensemble, dans leur diversité, ont souhaité faire du Mali.
C’est ainsi que le Mali pourra se refaire le visage.